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Architecture vernaculaire

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Architecture vernaculaire à Labeaume

Parfaitement limité géographiquement le plateau de Labeaume reste un terroir privilégié pour une étude d’archéologie agraire.
Dans le cadre limité de cet article nous n’absorberons que l’architecture vernaculaire plus précisément les aménagements et les édifices à usages agricoles.
Sur ce plateau essentiellement calcaire, où le rocher domine on observe un habitat dispersé et quelques petits hameaux groupant deux ou trois maisons. Actuellement la quasi totalité des terroirs sont à l’abandon et colonisés par la végétation sauvage.
Sur tout le site on remarque les traces d’anciens aménagements qui confirment l’important travail d’épierrement et de mise en valeur réalisé sur ces sols difficiles.
Historiquement on peut estimer la grande période de conquête de ces terroirs en 1750 et 1900.

Habrit_de-berger

En premier lieu c’est la culture de la vigne qui a provoqué l’épierrement, on sait par ailleurs que le mûrier était complanté partout. La commune de Labeaume est considérée comme une des communes les plus productrices de cocons, ce qui explique l’agrandissement excessif des mas durant les premières décennies du XIXème siècle.
En réalité la période de prospérité se situe entre 1800et 01850, par la suite les maladies des vers à soie et le phylloxéra ont provoqué l’exode accentué par l’attrait des emplois créés par la civilisation pré-industrielle et par l’implantation du chemin de fer.
Les fortes densités de population dans l’Ardèche au XIXème siècle expliquent en partie ce besoin essentiel de terre. C’était vital dan un système autarcique remarquable. Le processus écologique avait atteint on apogée le paysage était totalement maîtrisé, aucun geste n’était gratuit, tout était fonctionnel, on avait atteint les limites du sens pratique par l’économie des moyens ; c’est d’ailleurs une constance dans l’étude du patrimoine rural Ardéchois.
Les aménagements divers et les petits édifices fonctionnel restent des témoins légués par les paysans- -bâtisseurs, encore faut-il en retrouver les traces, en reconnaître les fonctions et en assurer la sauvegarde.

1 - La création et la matérialisation des parcelles

epierrementChaque propriétaire, en épierrant son champ obtenait une telle masse de pierre qu’il devait la stocker par tous les moyens, sur place sans trop diminuer la surface conquise. En zone de perte, la création des terrasses de culture a permis d’utiliser cette masse de pierre extraite pour la construction des murs de retenues. En pays plat, c’est le cas à Labeaume le terroir est recoupé d’innombrables murs qui ne matérialisent pas tous les limites mais qui servent également à stocker les pierres. De nombreux tas de pierres les « Clapas » contribuent aussi au stockage. Ce damier de champs clos est traversé par de nombreux chemins, assez étroits, bordés de murs bien appareillés. La morphologie de ces murs résulte de la qualité de la pierre extraite en général ils sont fort bien réalisé, le parement est soigné, parfois la pierre est taillée à la massette pour améliorer la qualité du parement.
La pierre est omniprésente partout, parfois c’est le rocher qui a été éclaté pour gagner un peu de terre qui a été éclaté pour gagner un peu de terre ou pour agrandir des dolines incluses dans les rochers chaotiques. Par endroits la pierre a été utilisée pour combler les failles et les diaclases jusqu'aux limites extrêmes des falaises.

2 - Les cabanes en pierre sèche

Elles sont représentées par quelques abris individuels de petites dimensions en forme d’arc de cercle, la couverture disparue devait être végétale.
Dans la région les cabanes en pierre sèche à couverture par voûte d’encorbellement sont appelées « capitelles » nous en avons inventoriés plusieurs sur Labeaume (2).

Un autre type de cabane bien représentée dans les pays de vignobles est la cabane de vigne à usage d’abri temporaire et de remise à outils elle est surtout caractérisée par un aménagement destiné à récupérer l’eau de pluie (3). Couverte de tuiles canal l’eau s’écoule dans une citerne accolée à la cabane où à l’intérieur un cuvier complémentaire permettait de préparer la bouillie bordelaise pour le traitement de la vigne.

capitelle-labeaume cabane-vigne-labeaume

Un autre type de cabane bien représentée dans les pays de vignobles est la cabane de vigne à usage d’abri temporaire et de remise à outils elle est surtout caractérisée par un aménagement destiné à récupérer l’eau de pluie (3). Couverte de tuiles canal l’eau s’écoule dans une citerne accolée à la cabane où à l’intérieur un cuvier complémentaire permettait de préparer la bouillie bordelaise pour le traitement de la vigne.

dolmen-amenage-labeaumeUn type exceptionnel de cabane a été inventorié il s’agit d ‘un dolmen aménagé en abri un des montants latéral a été découpé pour permettre le passage et la fixation d’une porte un mur complémentaire en pierres maçonnées et « fenestrou » clôt l’ensemble (4).
La présence de nombreux tailleurs de pierre employés sur les carrières de Labeaume et de Ruoms peut expliquer plusieurs constructions de qualité. Ces cabanes ou remises sont réalisées en blocs parfaitement taillés, même bosselés, avec un appareillage soigné et des joints très bien ajustés (5). Près de Chapias c’est une vraie maison qu’a été construite de cette façon mais est restée inachevée.

A l’abeille une remises à charrettes est caractérisée par un remarquable arc en plein cintre occupant toute la largeur de l’édifice (6).

cabane-pierres-labeaume habitation-arc-labeaume

D’autres éléments sont à considérer dans l’étude de l’architecture vernaculaire, ce sont les ouvrages mis en oeuvre pour récupérer, canaliser et conserver l’eau de pluie.
Ce plateau karstique ne retient pas l’eau de pluie, aucun ruisseau ne le traverse pour récupérer l’eau à usage domestique ou destinée à l’arrosage des jardins, les paysans ont conçus des aménagements variés et très fonctionnels qui sont pour la plupart propres à cette région.
Les jardins suspendus aménagés dans la falaise sur la rivière de Labeaume sont partiellement conquis sur le rocher et ils participent ainsi à une recherche extrême de terre cultivable, ils profitent également d’un ensoleillement de fin d’hiver et de printemps exceptionnel (7).

jardins-suspendus-dessin

L’accès est possible par un escalier se profilant dans une faille un encadrement en pierre taillée matérialisé l’emplacement d’une porte disparue. jardin-suspendus-tete-labeaumeUn importante réserve d’eau a été créée dans une diaclase murée de part et d’autre. Cette citerne est alimentée par les eaux de ruissellement récupérées sur les rochers au pourtour et par une saignée taillée dans la partie inférieure de la façade rocheuse. Pour arroser le jardin on note un système de puisage fait d’un bloc de calcaire sculpté en forme de visage, la bouche faisant office de robinet (8).
Agourges-labeaume partir de ce système de puisage l’eau étant canalisée dans l’axe du jardin par un caniveau en pierre taillée qui alimentait un ou plusieurs bacs de puisage appelés « gourgue »(9)
A proximité de cet ensemble très élaboré jouxtant une parcelle de vignes proche on remarque un autre bassin alimenté par la citerne, cette cuve était destinée à la préparation de la bouillie bordelaise.
Un autre type de jardin avec système de récupération de l’eau a pu être étudié sur plusieurs sites (10). Ce sont des jardins implantés sur de grandes dalles rocheuses, la terre dégagée du rocher et des failles proches a été étalée dans un enclos fait de murs en pierre sèche jouxtant cet enclos une diaclase a été colmatée et parfois agrandie pour retenir l’eau qui s’écoule sur la dalle rocheuse, le système est complété en périphérie par des petits murs maçonnés, par endroits le rocher est taillé pour favoriser l’écoulement de l’eau.
Dans le jardin un réseau fait des caniveaux et « gourgue » permet l’arrosage. Quelques goulottes et « gourgue » sont taillés dans des éléments monolithiques en calcaire local.

jardins-suspendus-dessin1

Pour remonter l’eau de la citerne dans les « gourgue » étaient utilisés les « Manlève » (11) système très ancien de relevage constitué (11 bis) d’un poteau très ancien de relevage constitué d’un poteus fourchu, d’un bras de relevage avec contrepoids et du système de puisage fait à latte, d’un chaîne et d’un seau.
Ces puits à balancier existent encore dans quelques secteurs de la basse Ardèche sur Labeaume nous en connaissons un et la tradition locale en mentionne plusieurs.

manleves-labeaumerelevage-eau-labeaume


Un autre type de jardin avec réserve d’eau a pu être reconnu, nous en connaissons d’ailleurs un autre similaire sur la commune de Lablachère. Il s’agit également de jardin créé sur la dalle rocheuse en pente un mur périphérique retient l’eau. Une partie de l’enclos ainsi réalisé est réservé au jardin qui est constitué de terre rapportée retenue par un mur transversal ; Un porte donne accès au jardin, un petit escalier permet le puisage de l’eau.
D’autres aménagements hydrauliques s’observent à proximité des mas, en particulier de nombreux puits citernes (12) alimentés par les toits et parfois compléter par l’écoulement de la dalle rocheuse.
Des abreuvoirs ou réserves d’eau accessibles aux animaux, toujours isolés des réserves
destinées à l’usage domestiques(13).

puits-citerne-labeaume abreuvoir-citerne-labeaume


On peut également traiter des fours à pains qui plus généralement confirment un usage domestique autarcique plus connu.
A la ferme du Vallat nous avons étudié un four à pain faisant fonction de séchoir à châtaignes la « Clède ». Cette présence s’explique par l’apport de châtaignes provenant de la commune proche de Laurac ou le châtaignier pousse sur terrain acide (14).

 

clede-labeaume


Cette brève étude sur l’architecture vernaculaire de la commune de Labeaume montre la richesse d’un patrimoine exceptionnel, totalement issu d’une mise en valeur des terroirs par des paysans-batisseurs en parfaite osmose avec la nature nourricière.
Au delà des simples observations de caractère ethnologique, l’étude de ces aménagements nous entraîne vers des sentiers humanistes, qui, loin d’un passéisme stérile nous encourage à tenir compte de l’acquis positif .
L’étude, la sauvegarde et la conservation de ce patrimoine doivent rester l’objectif majeur des associations locales, c’est là une des parties fondamentales de notre culture paysanne.

Michel Rouvière

Le Labeaumois, bulletin municipal, n°8, juillet 1998

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