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L'histoire d'un boulanger

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Une activité méconnue : Boulanger à Labeaume

L’acquisition par la commune du bâtiment dit « le four du boulanger » situé place de l’église, entre l’ancienne et la nouvelle mairie, nous donne l’occasion de remonter dans le temps, et de se remémorer pour certains, ou de découvrir pour d’autres, une activité artisanale qui fut au coeur de la vie des habitants, du chef-lieu et de la commune.

C’est donc dans les années 20 que Mr Marcel DUPLAND, après cinq années passées comme boulanger-pâtissier dans l’armée à Marseille, revint sur Labeaume, reprendre la boulangerie familiale de son père, Mr Benjamin Dupland, décédé à l’âge de 45 ans, à la fin de la guerre de 14-18. La veuve de ce dernier, Mme Marie Dupland avait dû faire venir un ouvrier boulanger de Lunel, afin d’assurer l’intérim. A l’époque, le travail de boulanger n’était pas chose aisée.

Le fournil, installé dans la partie gauche du bâtiment appelé « gloriette », fonctionnait bien sûr au bois apporté et vendu par les paysans de la commune. L’artisan lui-même, aidé par sa famille, devait participer à cette tâche, puisqu’il allait le long de la rivière (notamment le lundi : jour de fermeture), couper et lier des fagots de « vêges » (osiers) qu’il fallait amener, à l’aide d’une charrette tirée par des boeufs, jusqu’à la place de l’église.

Tout ce bois était entreposé, soit à l’intérieur (il y en avait jusqu’au toit contre le mur de la boulangerie), soit à l’intérieur dans la cave de Mr Dupland. La farine, livrée par Mr Eldin, minotier à Ruoms, était conservée dans la partie droite du bâtiment, appelée « farinière ». La pâte, faîte d’un mélange de farine, de levain et d’eau, était préparée la veille afin qu’elle se repose naturellement pendant la nuit, avant d’être travaillée. boulanger-labeaume

Les fournées commençaient avant le lever du jour. La production se répartissait entre le traditionnel gros pain de 4 livres fendu au milieu, la flûte, des croissants et des brioches, et, pour le dimanche, la pogne percée au milieu, appelée « fougasse ». Les grandes occasions de la vie familiale (communion, mariage, baptême) étaient traditionnellement le moment de la commande de petits pains. Pour la fête religieuse de la Saint-Sébastien, (20 janvier), le boulanger devait fournir, sur commande de l’Association paroissiale, jusqu’à 800 miches (petites boules rondes) de pains qui étaient placées dans des sacs, bénies lors de l’office religieux, et vendues à la sortie.

Le lieu de vente de toute la production ne se faisait pas à l’atelier, qui servait uniquement à la fabrication, mais dans la cuisine même de l’habitation de notre boulanger (en face de l’église) qui faisait office de magasin et de café (il y avait cinq tables). En plus de la vente dans le chef-lieu, notre boulanger devait faire des tournées sur la commune.

L’après seconde guerre mondiale apporta des changements puisque devant la menace d’une perte de clientèle, due à la concurrence de boulangers d’autres communes, Mr Dupland fut amené, à partir de 1950 à sillonner la commune à raison de 3 fois par semaine (le mardi, le vendredi et le dimanche), afin de vendre le fruit de son travail (une tournée sur Peyroche et Auriolles, une en direction du Bois Saint-Martin, et celle du dimanche sur Chapias). On peut facilement imaginer les difficultés de déplacement sur des routes non goudronnées et des chaussées déformées. La montée du Chef-Lieu, appelée côte de Mirabel, qui ne fut goudronnée qu’en 1956, était d’ailleurs l’occasion de bien des problèmes. C’est avec une vieille Delahaye (voir photo) qu’il commença ses tournées, remplacée par une Peugeot 403 camionnette.

Il est à souligner que le prix du pain livré à domicile était le même que celui vendu au chef-lieu. Les difficultés et la pénibilité d’approvisionnement en bois incitèrent, en 1949, notre boulanger à remplacer l’utilisation de ce combustible, par celui du fuel, et à rajouter à son four un réservoir de 150 litres d’eau, afin d’avoir de l’eau chaude pour la fabrication de sa pâte. Pour l’anecdote, il n’était pas rare de voir les enfants de Mr Dupland transporter, le soir après l’école, des arrosoirs d’eau provenant de la Petite Fontaine.

La boulangerie était bien sûr au coeur de l’activité du village, mais était aussi le lieu de moments privilégiés, comme celui de la traditionnelle daube. En effet, les habitants du chef-lieu apportaient le samedi soir, leur marmite en terre, appelée « toupie », et laissaient cuire à l’étouffée leur précieux contenu pendant toute la nuit, et la récupéraient le dimanche, afin de la déguster à midi. La fabrication du pain continua jusqu’en 1960, date du décès soudain de Mr Marcel Dupland à l’âge de 59 ans. Le four s’arrêta alors de fonctionner, même si on pût encore trouver du pain venu de Ruoms à l’épicerie tenue par sa fille, Mme Arlette Dupland, jusqu’en 1965.

Témoin d’une époque révolue, l’atelier du boulanger est resté en l’état jusqu’à ce jour, et on peut encore voir à l’intérieur du bâtiment, le four entouré de son réservoir d’eau, le pétrin mécanique, l’étouffoir qui servait à recueillir les braises transformées en charbon de bois, et divers autres outils qui servirent à la fabrication de cet aliment essentiel pour des générations de Labeaumois.

 

J.C. FIALON & G. MARRON

Le Labeaumois, Bulletin municiaple, n°10, 2000

Nous tenons à remercier particulièrement Melle Arlette Dupland et Mr Roger Dupland, enfants du dernier boulanger de Labeaume, pour leur collaboration à l’écriture de cet article.